1985. J'ai 15 ans

Un été, V. m'initie à la photographie. C'est une découverte. Paris devient rapidement un terrain d'exploration, un premier sujet.

 

Je termine le lycée. Il y a les livres. Une amitié forte à J. passionné de littérature. J'entreprends des études de Lettres Modernes à Paris VII. Je vais à la fac, habite une chambre Boulevard Edgar Quinet, prends des polaroïds d'ami- e-s de passage. Je commence le violoncelle et réalise mon premier reportage dans une école de musique.

Je décide alors de ne pas poursuivre mes études de lettres et m'inscris à l’école Efet, en CAP photo.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Puis je passe le concours de l'école du Louvre où j'y apprends l'histoire de l'art.

 

Très vite la nécessité de partir s'impose, aller photographier l'ailleurs, me déplacer.   

 

A New York, ville dans laquelle je réside pendant 4 ans (de 2000 à 2004) -  puis à Chisinau en Moldavie, Lviv et Odessa en Ukraine, Calcutta, Delhi - mon travail est une mise à nu des espaces, sans inventaire de leurs habitants. Plutôt que de soumettre mes photographies aux exigences du réel, mon travail devient une tentative de représentation.

Je cherche le déplacement, le pas de coté pour ouvrir des espaces de projections.

 

En 2009, lors de la révolution populaire en Moldavie, je fais la rencontre d'une journaliste du Service Etranger du Figaro. Son travail sur Oscwiecim (Auschwitz en Allemand) me conduira à la réalisation d'un film court et d'une série de photographies sur l'extermination des juifs en Pologne.

 

En 2014, Jean Louis Courtinat me propose un reportage commun à la maison médicale Jeanne Garnier, établissement de soins palliatifs à Paris. Engagée pour photographier les lieux je ne peux m'empêcher de prendre également celles et ceux qui y travaillent et y séjournent. Je réalise alors des portraits : des soignants, des patients et de leur famille. La réalité prend corps et c'est une révolution dans ma pratique.

 

Mon travail se situe dans le champ du documentaire.

Je photographie en couleur, elle est pour moi un élément déclencheur. Elle traduit davantage mon rapport au réel, là où le noir et blanc me paraît trop abstrait.

Depuis une quinzaine d'années, à travers des travaux de commandes ou des projets personnels, je vais à la rencontre des autres et de leur humanité, je cherche à interroger la fragilité qui existe en chacun de nous.

 

Rendre visible le fou, le seul, le lent, le vieux, la vieille, l'étonné : « Tous les gens qui ne marchent pas à la vitesse à laquelle on leur demande de marcher, soit parce qu'ils ne veulent pas, soit parce qu'ils ne peuvent pas.» (Maguy Marin)

© Alexandra Bellamy

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