> Décembre 2012-Janvier 2015

India: between the real

and the imaginary

 

Louis Malle’s documentary series “Phantom India” motivated and inspired my first trip to 

India. It evoked in me the sort of surrealist visions that Westerners could experience in India. 

 

I wanted to come face to face with those. And right out of the plane, India exploded into my 

face, begging me to look at it.

My trip focused on the Indian cities of Delhi and Calcutta.

To guide me, I was lucky enough 

to be accompanied by two young Indian women, Upasana and Kasturi, two female 

photographers at the margins of their culture. Their presence and their eyes were indispendable. Often, they helped me to let go, so that I could watch this “strange” Indian reality without judging it.

 

Last January, I entered the North Calcutta neighborhood that some here call “the soul of the city”. It’s places like this where all sorts of lives are mixed and tangled up: humans, roaming animals, heaped up shreds of material from the frames of shacks, dead animals, small holy statues – together it constructs the type of surreal vision that Louis Malle was talking about. 

 

The power of this life in turmoil absorbed me – and sometimes frightened me too. Quickly, I could no longer do anything until the city became part of my own flesh with its pulsating life, 

its incredible smells. Soon, I saw the street itself as the great body of India that I’d been 

feeling. From then on, I would no longer avoid looking at things nor judge anything. I’d watch life in all its forms, with all its glory, its colours and its wounds. If there were no pieces of plastic and other objects here from our time, nothing would seem to have changed for centuries – especially not the gestures, the faces. The closer we look at chaos, the more sense it makes. It’s like something larger that’s somehow enabled these tangled lives to find some balance. One day, Upasana told me: “The sense of some sacred  rhythm of life for these people has for millennia been at the centre of their lives.”

 

During my travels, I felt like my hands were in the street’s mud and yet I somehow came out  “cleansed”, rid of my prejudices. Life, death, order, disorder, beauty, ugliness were no longer classified in a pyramidal organisation.

 

Everything interacts with everything. Ulitmately, the visions that India throws forth at us are without doubt the lack of boundaries between the real and the imaginary, life and death, the ungodly and the sacred.

They open the doors on how we tackle the world.

 

“L’Inde fantôme”, de Louis Malle, motiva

et inspira mon premier voyage en Inde.

Y sont évoquées les visions surréalistes qu’offre l’Inde aux occidentaux. Je voulais m‘y confronter. Dès la sortie de l’avion, l’Inde

m’a sauté au visage, m’a crié de la regarder.

 

Mon voyage se concentra sur les villes Indiennes de Delhi et Calcutta. Pour me guider, j’ai eu

la chance d’être accompagnée par deux jeunes femmes indiennes : Upasana et Kasturi.

Deux femmes photographes, à la marge de leurs traditions. Leur présence et leur regard ont été essentiels. Souvent, elles m’ont aidé à lâcher prise et à regarder sans juger cette “étrange” réalité indienne. 

 

En Janvier dernier, j’ai pénétré ce quartier Nord de Calcutta que certains appellent ici

“l’âme de la ville”. Ces endroits où toutes les vies sont mêlées, emmêlées. Humains, animaux, lambeaux de tissus sur les squelettes

des baraques entassées, bêtes mortes, statuettes saintes : tout ce qui dessine ces visions surréalistes dont parlait Louis Malle.

La puissance de cette vie en ébullition

m’a absorbée, parfois effrayée. Rapidement,

je ne fis plus qu’une avec elle, jusqu'à ressentir dans ma chair, sa palpitation de vie, son odeur. Très vite, la rue se révéla être le grand corps

de l’Inde telle que je la ressentais. Dès lors,

il ne fallait rien éviter de voir et ne rien juger. Regarder cette vie sous toutes ses formes, sous toutes ses coutures, ses couleurs, ses blessures.

Si ce n’étaient les morceaux de plastique

et autres traces de notre époque, rien ne semble avoir changé depuis des siècles. Ni les gestes,

ni les visages. Le chaos, à y regarder de plus près fait sens. Comme si quelque chose de plus grand permettait à ces vies emmêlées de tenir

en équilibre. Upasana me dit un jour :

“Le sens du sacré rythme la vie des gens depuis des millénaires. Il est au centre de leur vie”.

 

Au cours de mes voyages,  j’ai eu la sensation d'avoir les mains dans la boue des rues,

et pourtant je ressors comme “lavée”, débarrassée de mes préjugés. La vie, la mort, l’ordre, le désordre, la beauté, la laideur ne sont plus classés dans une organisation pyramidale. Tout s’interpénètre.

 

Les visions auxquelles l’Inde nous confrontent jaillissent sans doute de l’absence de frontières entre le réel et l’imaginaire, la vie et la mort, l’impie et le sacré. Elles nous ouvrent des portes sur notre manière d’aborder le monde.

 

Février 2015

 

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L'Inde entre réel et imaginaire

© Alexandra Bellamy

Photographies

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