>2006-2012

Ma grand-mère

Ma grand-mère

 

« Trop souvent dans notre société vieillir est un exil » selon les mots de l’anthropologue Bernadette Puijalon.

Totalement à l’opposé de cette exclusion sociale, dans l’intimité de nos vies et durant notre enfance se nouent des liens essentiels avec nos grands parents qui nous marquent durablement. Le grand-père ou la grand-mère sont des images fondatrices pour beaucoup d’entre nous parce qu’ils créent des espaces qu’eux seuls sont capables d’ouvrir, parce qu’ils éclairent l’histoire de nos parents alors qu’ils étaient enfants, parce que …

Ma grand-mère s’appelait Sarah.

Au tout début de sa vie, la sage-femme l’avait déposée dans une boite à chaussures aimait-elle à raconter. Si fragile à sa naissance, elle était donnée pour perdue. Ses parents avait décidé de la baptiser Sarah mais puisqu’elle avait survécu, ils décidèrent de l’appeler Renée. Elle, a toujours préféré Sarah. A chaque nouvelle personne rencontrée elle se présentait sous cette identité. Souhaitait-elle ainsi rendre visible ses origines juives, son histoire et le fait d’avoir survécu à la guerre ?

Dès 2006, j'ai commencé à faire des photographies de ma grand-mère chez elle, à Nogent-sur-Marne. C’est grâce au lien très fort qui nous unissait que j’ai réalisé mes premiers portraits photographiques.  Sa patience n’avait aucune limite. Mon manque d’assurance s’absentait.

Sarah habitait depuis 60 ans dans cette même maison à trois étages. Elle y occupait le deuxième niveau. De ma naissance jusqu'à l'âge de 5 ans, nous habitions l'appartement au-dessus.

Elle était un socle solide sur lequel s’appuyer. « Ça va aller » sont ces derniers mots.     

Au cours de l'année qui a suivi sa mort, je suis retournée chez elle plusieurs fois pour photographier les lieux vidés de sa présence.

Nous avons décroché peu à peu de ses murs les objet familiers. Les souvenirs affluaient. Présence et absence, se mêlaient étrangement.

Les objets nous survivent. Longtemps j’ai rêvé qu’ils se ré-accrochaient aux murs et qu’elle revenait.

Jusqu’à ce jour j’ai conservé les clés de son appartement comme une possibilité « symbolique » d’y revenir.

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© Alexandra Bellamy

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